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La drogue, halte aux préjugés, place à l'information
24 mars 2016
22:22
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Vincent
Illhaeusern
Admin
Forum Posts: 167
Member Since:
19 août 2011
sp_UserOfflineSmall Offline

Un petit rapport de lecture les amis ? J'ai lu Les Paradis Artificiels il y a peu, et je crois que c'est extrêmement éclairant sur la manière dont certaines drogues -les quelques disponibles à l'époque- étaient perçues dans une société occidentale, globalement vierge de toute substance férocement mind-altering, mis à part l'alcool. L’œuvre a deux parties, la première se focalise sur le hachich, et la seconde sur l'opium, à travers la transcription -résumée- d'un livre écrit par un britannique dont la vie a été marquée par sa relation à l'opium.

- Mais tout ceci est précédé d'un autre écrit, Du Vin et du Hachish. Un extrait des plus intéressants : "Le musicien consciencieux doit se servir du vin de Champagne pour composer un opéra-comique. Il y trouvera la gaîté mousseuse et légère que réclame le genre. La musique religieuse demande du vin du Rhin ou du Jurançon. Comme au fond des idées profondes, il y a là une amertume enivrante ; mais la musique héroïque ne peut pas se passer de vin de Bourgogne. Il a la fougue sérieuse et l'entraînement du patriotisme." J'aime beaucoup comme chaque vin a sa propre personnalité, et doit être associé à un usage précis : l'alcool se ritualise, et pas simplement les arômes du vin avec des mets particuliers, mais bien ses effets -conscience altérée- avec un certain contexte ou objectif.

- Le poëme du Haschisch. [A ce point il est intéressant de noter qu'au cours de ma lecture, j'ai vu à peu près toutes les orthographes possibles et imaginables pour ce mot.] Une retranscription détaillée et magnifique de l'usage, mais surtout de l'expérience même induite par le cannabis. Il y a en effet toutes les étapes d'une réelle expérience psychédélique, décrites avec une acuité déboussolante, d'un point de vue interne -comment saurait-il être autrement après tout- et avec de nombreux témoignages rapportés qui sont fascinant, puisqu'ils transposent sensations et ressentis qu'on connaît peut-être ou tout au moins associe avec le monde moderne post-sixties, dans un Paris du XIXe siècle. Deux remarques : premièrement, pour quelqu'un qui prétend ne l'avoir jamais essayé, la description des effets mentaux/psychologiques du haschisch que donne Baudelaire est étonnamment précise. Deuxièmement, beaucoup de ces effets semblent en réalité tellement forts qu'on peut facilement les rapprocher de ce qu'on reconnaîtrait aujourd'hui comme des psychotropes typiques (mescaline, champignons...). J'en suis venu à penser que la méthode et l'usage de l'époque -le dawamesk, apparemment obtenu sous forme d'un beurre rance particulièrement infecte, ou d'une sorte de confiture dont les membres du club des Hashichins tartinaient des bouts de pain- ou peut-être la concentration de la substance dans la préparation ou la plante originale permettait ce genre d'expériences singulièrement puissantes, analogues à l'usage rituel qu'on en faisait en Inde, et dont Baudelaire ne semblait pas avoir connaissance. Il est à noté qu'aujourd'hui, il est presque uniquement consommé sous forme de "cigarettes", ce que Baudelaire mentionne très clairement, précisant que les effets alors obtenus sont ridiculement minimes en comparaison de l'usage normale. Je crois qu'il dit aussi que les personnes le fumant ont tendance à le mélanger à du tabac, ce qui est encore pire -et même nous savons cela.

Un extrait, relatif à cette description extrêmement frappante et vivante de tous ces effets et de ce qu'on se plairait à décrire comme des hallucinations : "Il ne faut pas croire que tous ces effets se produisent dans l'esprit pêle-mêle, avec l'accent criard de la réalité et le désordre de la vie extérieure. L’œil intérieur transforme tout et donne à chaque chose le complément de beauté qui lui manque pour qu'elle soit vraiment digne de plaire." Ou comment un livre écrit il y a 150 ans contredisait déjà la désinformation rampante à l'égard des drogues psychotropes depuis l'ère Reagan.

Évidemment, cette merveilleuse et presque scientifique description n'a qu'un but : "je veux prouver que les chercheurs de paradis font leur enfer, le préparent, le creusent avec un succès dont la prévision les épouvanterait peut-être". Bien que Baudelaire lui-même semble admettre que la plupart des effets ouvertement négatifs qu'il décrit sont en réalité des exemples tirés d'utilisateurs d'opium et non de haschich -l'utilisation de ce dernier étant alors trop récente pour en observer les effets à longs termes-, on parle tout de même bien de paradis artificiels. C'est là que se trouve la vraie critique, celle du poète soucieux du monde : sur un ton que la langue française a rarement fait plus convaincant, Baudelaire rappelle à l'ordre tous ces esprits en quête de beauté, ces esprits chahutés par les vagues édéniques de la drogue, parce qu'ils ne trouveront jamais rien de véritable à ramener chez eux de ces contrées paradisiaques. Il reconnaît l'intérêt, et a fortiori l'inspiration que les artistes peuvent y puiser, mais précise qu'il n'est révélé "à l'individu que l'individu lui-même" et les que "les pensées [...] ne sont pas réellement aussi belles qu'elles le paraissent sous leur travestissement momentané et recouvertes d'oripeaux magiques". On dira aussi : "c'est l’infaillibilité même du moyen qui en constitue l'immoralité" à propos du hashich et de l'opium comparés à des arcanes magiques, outils de conquête d'une domination interdite à l'homme ou permise seulement à celui qui en est jugé digne. Et quand bien même le haschich augmente le génie, il va de paire avec un amoindrissement de la volonté (la vision du stoner n'a pas changé de ce point de vue là !) et qu'ainsi "il accorde d'un côté ce qu'il retire de l'autre". Je suis vraiment convaincu que si l'on voulait réellement dissuader les jeunes de toucher à la drogue, ce serait une lecture des plus efficaces -pas quand je la rapporte, mais la prose de Baudelaire ne peut pas laisser indifférent. L'argument est avant tout philosophique, mais on peine à le contester.

- Un mangeur d'opium. Une autobiographie écrite par l'anglais Thomas de Quincey, qui discute tous les détails de son existence, même ceux qu'on jugerait a priori hors-sujet, parce qu'ils ont leur importance quand viendra la fureur de l'opium, dans la résurrection de visages oubliés et les rêves à la nostalgie tumultueuse. Papaver somniferum, "la source de tant d'horreurs et de tant de jouissances". On se prend de pitié, comme Baudelaire aime à nous le rappeler, pour ce pauvre être qu'on voit s'isoler et se noircir sans cesse plus profondément. Et quand l'argument du paradis artificiel était principalement philosophique pour le haschich, il est dans ce cas plus clairement formulé, poussant même l'artificialité à un dénouement ancré dans un enfer bien réel lui.

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