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La démocratie participative
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13 octobre 2011
22:52
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Vincent
Illhaeusern
Admin
Forum Posts: 167
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19 août 2011
sp_UserOfflineSmall Offline

Démocratie participative

La citoyenneté au service d'une nouvelle démocratie

A. Pourquoi ?

Le besoin de raviver le fonctionnement démocratique de nos sociétés modernes puise tout simplement sa source dans les critiques du système actuel. L'éloignement de élus de la réalité quotidienne, ou la faiblesse des contre-pouvoirs, par exemple, conduisent à un certain cloisonnement des "élites dirigeantes".                                                                                                                                       Mais le principal facteur reste la perte d'intérêt des citoyens pour la politique, la chose publique, et ce pour deux raisons. La première, c'est le cercle vicieux qu'elle engendre -ou dont elle est elle-même une conséquence : plus les citoyens sont passifs, plus les dirigeants agissent seuls. Et plus ces derniers "confisquent" le pouvoir, et transforment la société en une sorte de technocratie, moins les citoyens s'intéresseront à la politique... La seconde, c'est dans l'étymologie du terme qu'elle s'explique : demos, le peuple, et cratos, le pouvoir. Le pouvoir au peuple. Si le peuple s'en décharge, que reste-t-il ? Une "cratie" ? Non, le pouvoir n'est pas une entité autonome, il ne reste jamais délaissé. S'il est abandonné par un groupe, il est récupéré par un autre ; d'où le terme d'oligarchie, qu'on entend de plus en plus souvent aujourd'hui.                                                                                                                    Les critiques ne s'arrêtent pas là, mais je vous renvoie là aux liens (en bas de page), notamment Sommes-nous en démocratie, qui complèteront les pistes abordées ici.

B. Principes de la Démocratie participative

La démocratie participative doit faire la part belle aux initiatives citoyennes, notamment sur le plan législatif. Leur implication accrue ne se limiterait pas à une hausse des fréquences de votes : un système dit de "concertation dynamique" devra voir le jour. En clair, des débats, à toutes les échelles, sur des problématiques aussi bien locales que nationales. Cette importance accrue accordée à l'échange exigera des citoyens éclairés*, sans doute épaulés par des associations (dont le rôle sera plus que jamais indispensable).                                                                                                                                                                                                           Le principe fondamental de la démocratie participative est donc on ne peut plus clair : la participation des citoyens à l'organisation de la vie publique (c'est-à-dire à la politique).

C. Risques et dérives

La notion de démocratie participative n'est pas exempte de toute critique non plus. Lors des débats, assurer une représentativité maximale des citoyens, ou reconnaître, dans les avis exprimés, la défense non déclarée d'intérêts personnels, présentera quelques difficultés. De même, à petite échelle, il sera malaisé de vérifier systématiquement la véracité des arguments (chiffres, etc). Mais comme vous n'aurez pas manqué de le remarqué, ces réserves peuvent tout aussi bien être tenues à l'égard de la démocratie représentative actuelle. La différence, c'est qu'aujourd'hui le pouvoir ne s'exerce pas par le peuple, et certainement même pas pour le peuple, un non-sens qui, sans être complètement supprimé dans la démocratie participative, sera tout du moins fortement atténué. Les comités consultatifs, qu'on voit fleurir aujourd'hui, sans doute pour donner une "bonne conscience démocratique" aux décideurs, devront laisser leur place à des conseils participatifs, où chaque acteur du projet aura réellement son mot à dire.

D. Vers la démocratie directe

Pour Jean-Jacques Rousseau, la démocratie ne peut qu'être directe. C'est sa forme première, où le peuple exerce directement le pouvoir. Pour bien comprendre, il faut voir la démocratie participative comme un intermédiaire : elle mélange démocratie directe, en impliquant tous les citoyens au niveau local, et démocratie représentative, les projets étant validés par des institutions davantage centralisées (à l'image d'un parlement ou d'un sénat). La démocratie directe supprimerait donc cette dernière réminiscence de représentativité, où le citoyen délègue -se déleste- de son pouvoir.                                                                                 Une objection qu'on oppose souvent à cette vision est qu'elle est fort attrayante, mais qu'elle n'est applicable que dans « de petits pays, avec peu d'habitants, et à la structure sociale homogène ». Ceci n'est plus du tout un problème dans un contexte entièrement décentralisé (nous y reviendrons à l'avenir, cette notion de décentralisation étant intimement liée au concept d'anarchie).                                                                                                                                                                                                                On pourra encore noter que dans le secteur économique, l'autogestion, dont on entend de plus en plus parler (jusqu'au journal de TF1 !), est une application de la démocratie directe : les salariés sont chacun "propriétaires" de l'entreprise, et participent tous aux prises de décisions. Voir à ce sujet l'extrait du documentaire de Micheal Moore Capitalism : a love story, proposé par Alexandre.

E. Exemple concret

Si la démocratie directe est encore un objectif bien lointain, la démocratie représentative est elle tout à fait envisageable. L'exemple de Porto Alegre et de son budget participatif est pour cela des plus intéressants, montrant à la fois les points positifs d'un tel système, mais aussi comme il peut finir par être instrumentalisé par la classe politique. C'est aujourd'hui 15 300 communes sur tous les continents qui ont adopté ce fonctionnement.                                                                                                                                        Pour les plus intéressés, je les invite à lire l'article en question, dans le supplément du mois d'Octobre du Monde diplomatique (n'hésitez pas à me le demander). L'exemple n'ayant pas finit d'être exposé au club, il sera peut-être repris après les vacances de la Toussaint (un vendredi, ayant déjà eu lieu un mardi).

N'hésitez pas à réagir et à prolonger le débat sur le forum !

Vincent

* : nous n'entendons pas par "éclairés" des citoyens cultivés, à la connaissance étendue et infaillible, mais simplement des citoyens dont l'intérêt pour la communauté est suffisamment évolué pour s'intéresser au fonctionnement du système, aux thèmes débattus, aux conclusions tirées de ces discussions, etc.
20 octobre 2011
16:27
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M. Herrgott
Nouveau membre
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Forum Posts: 2
Member Since:
20 septembre 2011
sp_UserOfflineSmall Offline

Pour prolonger la réflexion de Vincent, trois auteurs sont particulièrement intéressants : Michel Bakounine (1814-1876), George Orwell (1903-1950) et Cornelius Castoriadis (1922-1997). Vous trouverez ci-dessous quelques textes de ces auteurs qui ont mené de front la critique de la démocratie "représentative" et l’étude de la démocratie "directe".

Ce que l’on appelle aujourd’hui la "démocratie représentative" est de plus en plus considérée comme une "oligarchie libérale", c’est à dire une organisation politique dans laquelle le pouvoir est concentré dans les mains de quelques-uns tandis que la majorité se désintéresse de la politique tout en conservant de larges libertés individuelles. Le fait de voter tous les 4/5 ans pour choisir des représentants provoque un double mouvement néfaste à la démocratie : parce qu’elle n’exerce pas le pouvoir directement, la grande majorité de la population se désintéresse de la politique ; du même coup, les dirigeants ont tendance à se couper de l’opinion publique.

Pour mettre fin à ces dérives et réinventer un véritable système démocratique il faut faire participer à nouveau directement la population puisque tout un chacun à la capacité de participer à l’élaboration des politiques. On peut même penser que la pratique quotidienne de la prise de parole améliorera progressivement à la fois le système et les individus qui le construisent. On entend parfois dire que les gens ordinaires sont trop bêtes pour une démocratie directe. C’est mal poser le problème : les gens sont dépassés par la chose publique précisément parce que nous ne sommes pas dans une démocratie. Si chacun participait à l’élaboration des politiques, il serait plus instruit.

 

Michel Bakounine critique très fortement la démocratie représentative parce qu’elle nie la capacité de chacun de décider avec les autres, autrement dit : la liberté de l’individu :

" Pour rester dans la fiction de l’État libre issu d’un contrat social, il nous faut donc supposer que la majorité des citoyens aura toujours eu la prudence, le discernement et la justice nécessaires pour élire et pour placer à la tête du gouvernement les hommes les plus dignes et les plus capables. Mais pour qu’un peuple ait montré, non une seule fois et seulement par hasard, mais toujours, dans toutes les élections qu’il aura eu à faire, pendant toute la durée de son existence, ce discernement, cette justice, cette prudence, ne faut-il pas que lui-même, pris en masse, ait atteint un si haut degré de moralité et de culture, qu’il ne doive plus avoir besoin ni de gouvernement, ni d’État. Un tel peuple ne peut avoir besoin seulement de vivre, laissant un libre cours à tous ses instincts : la justice et l’ordre public surgiront d’eux-mêmes et naturellement de sa vie, et l’État cessant d’être la providence, le tuteur, l’éducateur, le régulateur de la société, renonçant à tout pouvoir répressif, et tombant au rôle subalterne que lui assigne Proudhon, ne sera plus qu’un simple bureau d’affaires, une sorte de comptoir central au service de la société.

Sans doute, une telle organisation politique, ou plutôt une telle réduction de l’action politique, en faveur de la liberté de la vie sociale, serait un grand bienfait pour la société, mais elle ne contenterait nullement les partisans quand même de l’État. Il leur faut absolument un État-providence, un État-directeur de la vie sociale, dispensateur de la justice et régulateur de l’ordre public. C’est-à-dire, qu’ils se l’avouent ou non et lors même qu’ils s’appelleraient républicains, démocrates ou même socialistes, — il leur faut toujours un peuple plus ou moins ignorant, mineur, incapable ou, pour nommer les choses par leur nom, un peuple plus ou moins canaille à gouverner ; afin sans doute, que, faisant violence à leur désintéressement et à leur modestie, ils puissent eux-mêmes garder les premières places, afin d’avoir toujours l’occasion de se dévouer à la chose publique et que forts de leur dévouement vertueux et de leur intelligence exclusive, gardiens privilégiés de l’humain troupeau, tout en le poussant pour son bien et le conduisant au salut, ils puissent aussi le tondre un peu. "

 

Pour Bakounine, l’égalité est également une condition essentielle au bon fonctionnement de la démocratie :

" Tant qu’il n’y aura pas d’égalité économique et sociale, l’égalité politique sera un mensonge. "

 

George Orwell montre de la même manière que la capitalisme – en générant des inégalités – rend impossible le fonctionnement de la démocratie :

" Pour commencer, on fait toujours valoir que la démocratie « bourgeoise » est réfutée par l’inégalité économique. A quoi peut servir la prétendue liberté politique quand un homme travaille douze heures par jour pour trois livres par semaine ? Une fois tous les cinq ans, on lui permet peut-être de voter pour le parti qu’il préfère mais, le reste du temps, presque tous les détails de sa vie sont dictés par son employeur. Et, en pratique, sa vie politique lui est également dictée. La classe aisée peut mettre la main sur tous les postes ministériels et officiels, elle peut aussi utiliser le système électoral en soudoyant l’électorat, directement ou indirectement. Mais quand, par mésaventure, un gouvernement représentant les classes plus pauvres obtient le pouvoir, les riches peuvent en général le faire chanter en menaçant d’exporter leurs capitaux. Plus important encore est le fait que presque toute la vie culturelle et intellectuelle de la communauté – journaux, livres, éducation, cinéma, radio – est contrôlée par des riches qui ont toutes les raisons d’empêcher la propagation de certaines idées. Le citoyen d’un pays démocratique est « conditionné » dès la naissance, moins rigoureusement mais tout aussi effectivement qu’il ne le serait dans un État totalitaire. "

 

Enfin Cornelius Castoriadis propose de s’inspirer de la démocratie athénienne pour améliorer notre système politique :

" Pour sortir de la crise de notre système politique actuel, devons-nous nous inspirer de la démocratie athénienne ? Qui élisait-on à Athènes ? On n’élisait pas les magistrats. Ils étaient désignés par tirage au sort ou par rotation. Pour Aristote, un citoyen, c’est celui qui est capable de gouverner et d’être gouverné. Tout le monde est capable de gouverner, donc on tire au sort. La politique n’est pas une affaire de spécialiste. Il n’y a pas de science de la politique. L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire.

Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60 % des députés, en France, avouent ne rien comprendre à l’économie. Des députés qui décident tout le temps ! En vérité, ces députés, comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts, mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Si vous suivez de près le fonctionnement d’un gouvernement, d’une grande bureaucratie, vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais choisissent parmi eux ceux qui partagent leurs opinions. C’est un jeu complètement stupide et c’est ainsi que nous sommes gouvernés.

Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées – construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre - il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Élection veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple. On fait une première élection, on se trompe, on constate que, par exemple, Périclès est un déplorable stratège, eh bien on ne le réélit pas ou on le révoque. Donc la démocratie – c’est important – est une affaire d’éducation des citoyens, ce qui n’existe pas du tout aujourd’hui. Les institutions actuelles repoussent, éloignent, dissuadent les gens de participer aux affaires. Alors que la meilleure éducation en politique, c’est la participation active, ce qui implique une transformation des institutions qui permette et incite à cette participation. L’éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l’économie, de la société, de la politique, etc. Les enfants s’ennuient en apprenant l’histoire alors que c’est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne. Apprendre à se défendre des croyances, des idéologies. "

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