Anarchie et Holocratie | Société | Forum

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Anarchie et Holocratie
27 mai 2013
18:09
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Alexandre
Kaysersberg
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29 août 2011
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Salut !

 

Allez un petit post pour se remettre en jambe. L'on se demandait quelques topics plus bas si un autre terme que celui que celui d'Anarchie ne pouvait pas venir illustrer, de façon plus juste et plus avenante, la vision sociale et politique dont on a tant parlé.

Reprenons avec ce mot anarchie, avec un an- privatif associé à -archie de hiérarchie, pouvoir, ou cause première dans un sens politique, c'est-à-dire, détenteur du pouvoir. On parle donc d'absence de primauté. Cela est cohérent avec l'idée de décentralisation du pouvoir à l'extrême, jusqu'à l'échelle de l'individu.

 

Seulement voilà, « on fait quoi maintenant ? », la notion est peu aidante : qui dit passage à la limite (de la décentralisation du pouvoir), dit usage de l'infini, donc d'une direction, d'une visée. On peut donc utiliser cette notion uniquement comme un repère sur lequel on essaie de s'aligner, ou un but que l'on essaie d'atteindre.

Si on l'utilise comme principe fondateur, donc comme base de construction d'un système sociale, l'auto-discipline ou le bon sens exigé d'emblée limite une réalisation significative. On comprend alors la représentation commune de l'anarchie, négative a priori, reflétant la difficulté d'élaborer un système politique sur de telles bases.

 Capture-d’écran-2013-05-27-à-14.40.20.pngImage Enlarger

« Anarchy » sur Google image, ou une représentation collective fiable de ce terme (aujourd'hui)

 

 

Le terme d'acratie, un peu plus direct dans sa signification, n'est pas plus aidant. Cette pensée politique est essentiellement née en réaction à d'autres (monarchie, oligarchie), et appelle donc un changement par la négation de ce qui existe déjà. Ce doit avant tout rester un idéal.

 

Vient alors l'idée d'holocratie, ou d'holarchie, avec « holos », de hologramme, ou de holisme, le Tout. Le pouvoir n'est plus associé au Néant mais à une entièreté, et c'est un constat très simple et honnête : le pouvoir de décider réside autant dans la mairie d'un village, le gouvernement d'une nation, la direction d'une entreprise, d'une école, ou dans un individu. Si le pouvoir existe, c'est donc qu'il existe en tout et partout.

En fait, il s'agit de placer ce kratia, pouvoir : soit on le trouve nul part, soit on le trouve en quelque chose. La chose ultime étant Dieu, on peut alors y placer le pouvoir, à travers la forme incarnée d'un pontife (pharaon, basileus ou autre monarque de droit divin) on parle alors de théocratie et/ou de monarchie, le pouvoir émanant d'une chose unique, d'une monade.

Les communautés humaines peuvent ensuite évoluer vers des systèmes oligarchiques (ou « oligocratiques »), où le pouvoir se concentre en quelques uns.

La démocratie peut être comprise comme un cas limite de l'oligarchie, dans le sens où le gouvernement en place est élu par le peuple. Le terme démo-cratie associé à nos systèmes actuelles est surtout déma-gogue, mais elle cette organisation a le mérite d'étendre le spectre décisionnel, même en faible mesure, jusqu'au citoyen.

 

Dans tous les cas, puisque l'on parle de politique, d'organisation sociale, l'on se place entre l'Homme et l'Humanité. Chercher une holocratie reviendrait à instaurer ce que vise la pensée démocratique, mais à toutes les échelles d'organisation. C'est évidemment déjà en voie de développement, ces échelles existent (communales, régionales, nationales, internationales, etc) mais l'on n'a pour l'instant conscience que des échelles extrêmes, celle de l'individu en particulier. L'organisation dans la plupart des échelles est mouvante et très inégale. Une société humaine est composée de différents organes et organismes, plus ou moins clairement délimités, dont la « taille », liée au nombre de personnes le composant représente grossièrement son échelle. L'Humanité serait ainsi formée de différentes strates, à l'intérieur desquelles chaque organisme est traité sur le même plan d'égalité, et chaque échelle communiquant avec les couches voisines par simple contact et support réciproque.

 

On remarquera qu'un tel système à une nature holographique, tout comme un corps humain, organisé à différentes échelles : les systèmes circulatoires (sanguins, digestifs, immunitaires, neurologiques), les différents organes (poumons, cœur, reins, foie, …), et différentes glandes, jusqu'au niveau cellulaire, puis à celui des organites...etc

On peut même voir la politique comme la continuité de l'organisation biologique dans un cadre sociétaire.

 

Pour résumer :

 

0

1. Mono-

11.

21. Oligo-

1211.

111221.

312211.

13112221. Démo-

. Holo-

0. An-

28 mai 2013
22:31
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Noé
Ribeauvillé
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25 août 2011
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Salut ! 

 

Excellente initiative de se relancer dans quelques discussions politiques d'un nouveau point de vue. En effet, j'ai l'impression que la pensée anarchiste s'essouffle d'elle-même et qu'il était temps de passer à autre chose, et en ce sens, "l'holocratie" comme tu la nommes, tombe parfaitement à pic. 

 

il me semble surtout qu'avant de repartir dans de longs débats comme nous en avons eu l'année dernière à propos de la politique, il convient que l'on se réinterroge radicalement sur les postulats de base, dont j'ai l'impression que nous n'avions pas vraiment discuté l'année dernière, où en tout cas, je ne les avais pas perçu pour ma part. Mais peut être qu'il faudrait y consacrer un topic à part entière, comme je pense qu'il faudra en consacrer un à l'épistémologie, ou philosophie de la science, afin de redémarrer également sur de bonnes bases au niveau scientifique.

 

Abolir la hiérarchie est une intention louable c'est certain, et bien que ce soit l'écart entre ce que l'on définit comme le système "idéal" et la réalité qui libère une marge de progression, et que tous ces concepts n'auront toujours qu'une application limitée dans le réel, tant il s'agit plus d'une gigantesque mécanique structurale et sociale dans laquelle nous sommes immergés (cette structure sociale n'impliquant en aucun cas l'idée d'un absolu, d'un déterminisme, ou d'une adéquation avec un réel extérieur, mais peut être perçu comme un réseau de conventions qui forment le social). Ainsi, il parait particulièrement enrichissant de déterminer quelle serait la bonne société, non quelle soit réalisable ou qu'il soit possible de la mettre en place d'un claquement de doigt, mais pour définir un point de visée, une intention vers laquelle tendre. Et comme je le dis toujours, il me semble que la contradiction est plus puissante en terme de progression que l'identité. 

 

De ce fait, cette interrogation est légitime, et le nom que nous y apposons contribuera largement à la direction que nous donnerons au projet. Cet aspect éminemment normatif que nous introduisons dans nos pensées, que nous voulons en même temps libertaires, peut paraitre comme une contradiction. Mais à nouveau, l'intuition et la liberté d'action dans la vie réelle n'exclut pas la pensée d'un modèle plus normatif. Mais c'est vrai qu'à un moment, je me suis demandé comment vouloir trouver un modèle aussi rigide, alors qu'il a toujours été question de travailler sur l'imagination et la spontanéité. 

 

Le terme "Holocratie" est donc particulièrement bien venu, et je pense que l'on pourrait l'adopter pour notre "idéologie" '(le terme fait très peur, je ne suis pas sûr que ce soit le bon, pourquoi ne pas parler "d'expérience de pensée" tout simplement ? Car c'est avant tout de cela qu'il s'agit, et ça nous sert plus de support de réflexion que de véritables perspectives politiques).

 

Quelques petites précisions sur le régime politique que l'on appelle "démocratie". La légende veut que cette forme de gouvernement remonte à la démocratie athénienne, établie par Périclès aux alentours de -450, dans la continuité directe de l'isonomie instaurée par Clisthène (isos = même, nomos = lois : tout le monde est considéré comme égal devant la loi). La démocratie selon Périclès s'accompagne de la participation politique que nous connaissons, mais si Périclès met ce système en place, ce n'est pas par charité, mais pour s'attirer les bonnes grâces du peuple athénien et gravir les échelons dans la sphère d'influence athénienne.

 

Il convient ainsi de rappeler que ce modèle tant chéri de la démocratie athénienne :

- Est un système esclavagiste, reposant sur l'exploitation d'une partie de la population spartiate (hilotes)

- Les femmes n'ont aucun droit politique

- Seul une minorité participe au pouvoir

- Les aides financières (misthos) sont plutôt négligeables

- Seul les citoyens athéniens ont le droit de vote, excluant les étrangers (méthèques).

 

En gros, la démocratie athénienne est un régime supra-censitaire, sauf que si l'on considère uniquement la population de citoyen, il s'agit alors d'une vraie démocratie. Donc en jouant sur les échelles, on pourrait très bien dire que tout régime oligarchique est une démocratie si l'on réduit le cercle aux dirigeants de l'oligarchie ! Donc le modèle démocratique reste pour l'instant encore au stade utopique et nous pouvons envier leur libre pensée aux grecs, mais leur modèle prétendument démocratique ne pourrait s'appliquer aujourd'hui à l'ensemble de la population.

 

Donc en gros, si je comprends bien, l'holocratie serait d'une certaine manière, une démocratie structurée à plusieurs échelles qui interagiraient les unes avec les autres sans relation de pouvoir ou hiérarchie ? 

 

Avant de savoir où placer les relations de pouvoir, voire de les supprimer, peut être devrions nous déjà étudier en détail à quoi elles correspondent. Je vous renvoie au débat qui a eu lieu entre Noam Chomsky et Michel Foucault, certainement parmi les deux plus éminemment penseurs de notre époque. Chomsky est avant tout un linguiste dont la contribution est inestimable pour sa discipline (si vous voulez des détails, je peux en donner, notamment sur la linguistique générative mise en place par Chomsky). Il se positionne favorablement à l’anarcho-syndicalisme, directement dans notre ligné donc. Face à lui, Foucault, s’attaque d’abord aux relations de pouvoir cachées.

 

https://www.youtube.com/watch?v=71dVMsOhKDY

 

Ce que j’apprécie néanmoins chez Chomsky, c’est que la bonne société est avant tout perçue comme celle qui laisserait libre court à la pulsion créatrice vitale de l’homme, et qui détruirait toutes les barrières séparant le réel de l’imagination. C’est dans cette perspective que j’essaye de m’inscrire ; j’ai essayé de trouver un nom, mais je dois avouer que « Novacratie » ça ne sonne pas vraiment démentiellement.

 

à C’est cela que je voulais questionner avant tout : peut-on se passer des relations de pouvoir ?  N’est-ce pas une conséquence directe de la mise en lien de deux individus ? On peut se référer ici à Roland Barthes, critique littéraire, qui dans sa Leçon, explique bien que le discours est avant tout une relation de pouvoir.

 

à Existe-t-il vraiment une bonne société ? J’ai déjà donné ma réponse à la question avec l’idée de création, mais cette question se pose véritablement. Existe-t-elle oui ou non, au singulier ou au pluriel ? Quel rapport à la morale, à la justice ?

 

à Peut-on orienter les relations de pouvoir ? Voir même, est-ce souhaitable ? Vous commencez à comprendre l’intérêt que je perçois dans la mise en tension. Sans porter aucun jugement moral sur la lutte des classes par exemple, on ne peut cependant pas dire que cela n’ait pas été un puissant moteur d’évolution historique. Alors une société sans pouvoir, ou avec un pouvoir identique partout, ce qui revient au même, ne serait-ce pas une société plate et sans progrès ?

 

En philo, on a eu un devoir dont le sujet s'intitulait "la bonne société". Je vais pas le cracher en entier ici, peut être plus tard, parce que j'ai été obligé de développer le devoir dans un sens que je ne trouvais pas naturel (notamment en abordant la morale kantienne). Mais je pense que la question peut légitimement se poser dans ce sens.

 

à La nature des relations de pouvoir

à La possibilité ou non d’une bonne société

 

Même si la deuxième interrogation se résout toute seule en disant que c’est pour fixer une ligne directrice plus qu’autre chose, comme je l’ai déjà dit auparavant. Enfin, il convient toujours de déterminer les critères sur lesquels on voudrait la fonder.

 

Dire que je voulais faire court… Tant pis !

 

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Ni dieu, ni maitre
29 mai 2013
13:59
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Alexandre
Kaysersberg
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29 août 2011
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Alors...par où commencer, ça fait beaucoup de réflexions peu partagées depuis l'année dernière, et maintenant on fait tous des études différentes...c'est là que la transdisciplinarité commence.

 

D'abord, oui bien sûr, ce topic entamme clairement le sujet de manière normative, c'est nécessaire à toute construction.

 

Pour la holocratie, disons que l'idée d'organisation la société en échelles permettrait de sortir du paradigme de la pyramide des relations de pouvoir, avec des lieux concentrant les responsabilités et le « pouvoir » de décider.

La démocratie athénienne est, disons, une ébauche de l'organisation d'une échelle spécifique (les citoyens) par les organismes/individus appartenant à cette même échelle (ces mêmes citoyens).

 

La liberté, c'est l'auto-organisation, et cela ne peut s'appuyer que sur notre perception/ressenti du monde qui nous indique par la douleur/crise, ou par intuition et idé(al)e les voies d'évolutions, car ce sont bien les seuls indices dont nous disposons.

 

Maintenant, qu'est-ce qui ressent, perçoit, évolue ? Un organisme, et la société en compte une multitude, mais tant que l'on se place d'un point de vue individualiste, cela n'a pas un sens aussi fort que celui qu'on voudrait lui donner dans une perspective holiste.

 

L'on cherche alors à organiser le quotidien d'un individu/organisme, disons maintenant, une singularité (que ce soit une entreprise, une nation ou un Homme). Pour cela il convient de bien discerner ces singularités, discerner, c'est-à-dire donner une importance bien moindre - dans un premier temps - aux relations qui les lient, et qu'on appelle relation de pouvoir, ou autre... on parle bien de relation entre des choses.

Ensuite, pour les organiser, il convient de trouver des plans/échelles/environnements dans lesquelles on peut traiter ces singularités avec égalité.

 

On comprend alors que ces liens supposés hiérarchiques sont illusoires, et qu'une directive émanant d'une source dans une échelle donnée n'est pas si impérative et contraignante mais seulement informative des changements s'opérant à d'autres échelles, et comme pour un modèle physique, la simple compréhension de l'idée de distance illustre cela.

 

500px-Inverse_square_law.svg_.pngImage Enlarger

Wikipédia : Loi en carré inverse

 

On ne peut pas dire les je-ne-sais-combien textes de lois émis par ans touchent tant que cela notre quotidien (n'est-ce pas). Evidemment, on s'éloigne de l'optique politique, il s'agit ici uniquement de vision des choses en vue d'une construction.

 

Voilà, je vais essayé de ne pas être plus prolixe.

30 mai 2013
14:32
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Noé
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25 août 2011
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La transdisciplinarité rendra sans doute la communication plus difficile, dans le sens où nous employons désormais des mots auxquels nous n'attachons plus le même sens, mais du coup, c'est cet écart qui nous permettra de progresser ! Plus complexe mais plus puissant donc.

 

L'idée de modèle normatif en tant que point de visée parait cohérente, et je la rejoins, cependant, comme le dit Foucault dans le débat, en tant qu'être humain membres d'une société et d'une culture particulière, les concepts phares que nous formons pour ériger ce nouveau modèle social sont des concepts formés à l'intérieur d'une civilisation, d'un système philosophique et de relations de pouvoirs particulières. Il est donc difficile de les faire valoir pour décrire et justifier un nouveau mode d'organisation. On limiterait d'emblée le spectre d'évolution, car l'intention que nous posons nous amène à ne pas considérer un certain nombre d'éventualités d'évolution pour privilégier l'intention de départ, qui sera alors en décalage. Une réponse possible serait de dire que la pensée doit être normative, et l'action intuitive. N'empêche que l'idée de modèle me gène quand même. En fait, j'ai l'impression que je suis l'inverse : normatif dans l'action, en cherchant la bonne manière de faire les choses, et intuitif dans la pensée. N'était-ce pas toi qui disait qu'il ne fallait pas se poser de question, et simplement construire là où on était ? Pourquoi ne pas appliquer ça également pour le système social ?

 

Mais justement, cette structure pyramidale des relations du pouvoir n'est peut être pas si évidente que ça. Je ne pense pas qu'un petit nombre réduits de financiers détiennent à eux seuls une telle influence qu'ils puissent conditionner le comportement de toute la partie basse de la pyramide - la masse, nous. Comme dirait mon prof d'éco, l'économie, c'est comme le tango, ça se danse à deux. Si la structure pyramidale du pouvoir nous semble si efficace, c'est que la relation de pouvoir est acceptée et alimentée par la base du triangle, perçue comme nécessaire, et non comme coercitive. Je crois que c'est Spinoza qui disait que tout le problème de la philosophie politique réside dans la compréhension du problème suivant : "comment un seul homme peut-il imposer sa volonté à tous ?". Voilà une ébauche de réponse je pense. Je pense que les relations de pouvoir ne sont pas le fruit d'une action volontaire directe issue de la pointe du triangle, mais plus d'une construction sociale correspondant à un champ d'institution reliées par des relations de pouvoir. D'où provient-il ? Bonne question. C'est une question de croyance (foi), je pense.

 

Je comprends bien que l'on puisse imaginer restructurer la société sans les relations de pouvoir, mais ne sont-elles pas inhérentes à la présence d'institutions ? 

 

Qu'est-ce qu'une relation de pouvoir sinon une contrainte qui s'applique sur l'individu ? On pourrait renverser le paradigme ici en disant que la contrainte est le support de la progression. M'enfin, toute contrainte n'est pas bonne à prendre, et je ne suis pas sûr que celles-ci en fassent partie. 

 

Entendu pour la démocratie athénienne, n'empêche que cette ébauche d'organisation est directement tributaire de la présence de son contraire, la société esclavagiste sous-jacente, pour qu'elle puisse fonctionner. C'est une sorte de distorsion (un mouvement sinusoïde isolé), et je ne sais pas si c'est pertinent de couper la partie postive (haute) de la sinusoïde en dénigrant la partie basse. 

 

Je ne suis même plus sûr que la bonne société serait la société stable et harmonieuse. Sans nulle doute qu'il faille limiter l'impact sur la nature, mais déjà, comment déterminer celui-ci clairement ? Et ensuite, comment progresser s'il n'y a plus aucune tension contradictoire ? La stabilité, c'est la mort.

 

Quand tu parles de liberté en terme d'auto-organisation, tu transposes en quelque sorte le principe d'auto-détermination de l'échelle individuelle à l'échelle sociale sous forme d'organisation ? Ma conception de la liberté m'apparait plus comme la possibilité de briser la limite qui existe entre l'imaginaire et le réel, et dissoudre la barrière qui sépare les deux, c'est augmenter sa pulsion vitale au maximum, mais d'une certaine manière, c'est une relation de pouvoir individuelle qui s'exerce alors sur le réel pour le transformer. Ceci-dit, j'adhère avec la démarche de progression intuitive que tu proposes.

 

Donner moins de place aux relations entre les instituions pour les faire ressortir, d'accord, mais si les institutions n'existaient que dans leur dimension oppositive, c'est-à-dire l'une par rapport à l'autre, de même que la note de musique n'existerait pas sans le silence. Et c'est la relation entre les institutions qui crée le lien qui les fait exister probablement.

 

J'y pense, si les relations de pouvoir étaient cohérentes et bien fondées, c'est quand même ce qui permet de clarifier l'information, de déceler l'information importante parmi toutes les autres ? Peut-on envisager une forme non-négativement coercitive ni pathogène du pouvoir ? 

 

Pour finir, je pense que la Loi mérite d'être critiquée, améliorée, la pratique de la désobeissance civile est nécessaire etc, mais je ne pense pas qu'une absence de Loi serait synonyme d'une plus grande liberté. En soi, les mots posés sur une page blanche sont déjà une limitation et une contrainte par leur propres carences. Mais une absence de mot sur une page, c'est le néant, pas l'absolu. Et c'est mettre bout-à-bout des mots auxquels nous attribuons isolément une signification particulière et personnelle différente qui permet d'envisager quelque chose de nouveau.

 

Je pense que dans les grandes lignes, nous sommes d'accord sur la plupart des points, mais j'essaye de déceler des contradictions ou de bétonner le raisonnement !

 

Noé

 

Et il s'en alla, ainsi faisan, toujours dindon.

Ni dieu, ni maitre
31 mai 2013
10:57
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Alexandre
Kaysersberg
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Tu parlais de postulats de base, c'est ce dont on parle ici. Mais je les entends plus, pour l'instant, comme des points d'appuie au niveau de notre discussion que des mesures qu'il faille appliquer. L'idée d'un langage normatif est celle de la construction d'un point de vue, donc seulement d'une vision des choses ; n'y vois pas quelque chose de fermé, structurel et pesant. C'est une manière d'aborder ces questions, de construire concrètement à notre niveau une vision des choses...qui permettra ensuite peut-être, si cette vision est porteuse, de réaliser quelque chose à d'autres échelles. Construire à partir de là où l'on est, comme tu dis.

 

Les principes, postulats et autres axiomes les plus fondamentaux ne sont paradoxalement jamais ce par quoi on commence. C'est plutôt quelque chose qu'on découvre par la suite, par un processus de dévoilement du Soi. D'ailleurs, ce n'est même pas évident de parler de commencement ; on part de comme on va vers ce qui est, c'est l'expérience de l'instant, l'instant qui est ce mouvement perçut comme une entièreté, et n'a par conséquent pas de durée.

Ta perception de cette phrase ne dure qu'un instant si sa cohérence te le permet, de même que la Constitution apporte la consistance à l'instant de la 5e République.

J'entends bien ce que dit Foucault, il y a une difficulté, mais alors...faut il chercher quelque chose d'extérieur à la société que l'on veut améliorer ou plutôt accepter humblement de porter cette influence ? Les deux et aucun des deux évidemment ! Et l'idée d'inscrire la décision au plus près de « l'intéressé » en élaborant le concept d'échelles distinctes, dépassant toutefois le cadre social, est bien en accord avec cette dynamique contradictoire. Reste alors toujours ce mouvement intuitif qui s'incarne et s'ancre en engendrant expériences, réflexions et modèles, en synchronisant les individus entre eux, en réalisant l'Unité.

 

Oui je suis bien d'accord avec l'effectivité limitée de cette structure pyramidale, résidant plus finalement dans la vision/croyance que l'on a dans le fonctionnement de la société, et c'est bien pour cela que l'on peut changer les choses. D'où cet effort d'élaboration d'une approche non coercitive de la décision de part la proximité de sa source, qui rend l'identification au processus beaucoup plus naturel et favorise l'émergence de cette conscience collective.

 

Pour la stabilité, je suis tout à fais d'accord, la plus grande stabilité réside dans la souplesse et le changement... et le changement est la seule constante. (le paradoxe est un très bon indice de complétude)

Concernant la liberté, je mets plus en relation l'auto-organisation avec elle que je la définie comme telle. Liberté est un condensé, un terme très fort qui peu prendre sens à tous les niveaux, et donc qui tient une bonne place d'idéale, de guide. Reste à donner un peu de chaire en développant un petit peu avec des concepts plus pointus.

 

On est d'accord sur ce que représente la Loi, et il apparaît que, de part la compréhension des « lois » comme l'expression de l'organisation sociale à une échelle dépassant l'individu, celles-ci inclinent plus qu'elles ne contraignent, et la désobéissance civile n'est plus, ou plutôt ce terme n'est qu'un passage aboutissant à cette vision des choses.

 

Oui oui c'est cool de se remettre à l'ouvrage. C'est tellement porteur d'essayer de se nourrir des frictions avec la pensée de l'autre pour les marier.

7 août 2013
17:44
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Noé
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Une lecture très intéressante mais franchement complexe, qui permet de remettre en question la préhéminence des structures arborescentes dans la conception de la pensée et des relations de pouvoir.

 

http://www.meetopia.net/ccc/10.....hizome.pdf

Ni dieu, ni maitre
24 août 2013
18:50
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Vincent
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Vachement intéressante la vidéo de Foucmsky.

Deux tâches, selon Chomsky, dans une démarche intellectuelle comme celle-ci : créer la vision d'une société telle qu'on la souhaite -comme il le dit plus tard, un but impossible sans lequel on n'atteindrait pas les buts possibles-, et chercher à comprendre la structure du pouvoir dans notre propre société. Deux tâches, donc, finalement très intriquées, et qui nous rappellent à nos vieux -mais sages- démons : critiquer pour construire. La politique au marteau :) .

Et c'est effectivement un peu le thème de la désobéissance civile : l'intellectualisme poussé à l'action, dénoncer et reconstruire de concert.

 

Cette réflexion sur l'holocratie a donc ça de bon qu'elle place toute de suite le maître mot au centre du jeu : le pouvoir. Que ce soit dans la société actuelle, ou dans celle qu'on aimerait voir demain, où est-il ? Je suis là bien d'accord avec vous, s'il se cache dans un Tout répété fractalement à toutes les strates sociétales, Hail to the chief.

Mais si l'on reprend les bases -la ride n'enlève rien à la saveur- qui animaient nos premières lueurs d'anarco-libertaires, le pouvoir reste une sorte de bête noire à notre idéologie (bouh !). Au final, dire qu'il est partout égal, dire qu'il n'est nul part... Cela ne revient-il pas au même, si ce n'est la bonne conscience de l'avoir bien pris en compte et non balayé d'un revers de main ? Et Hail to the thief.

Ne vous méprenez pas, je suis dans l'ensemble en total accord avec vous, mais derrière cet élan je vois aussi des écueils qu'on n'atteint que parce qu'on les a évité. Je suis porté vers des choses qu'au fond, je sais ne pas savoir, et ces contradictions me poussent à interroger la psychologie même de la réflexion ; je les formule, car je persiste néanmoins à les croire constructives.

12 septembre 2013
22:36
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Alexandre
Kaysersberg
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Oui la question du pouvoir reste importante et l'idée de strates au sein desquelles les relations de pouvoir entre les entités n'existe pas repousse en fait le problème...entre les strates. En fait toute relation peut-être vue comme une relation de pouvoir, mais on l'appelle comme telle lorsqu'elle est problématique.

Comment imaginer un échange d'une échelle à l'autre qui ne soit pas une relation de pouvoir orientée, en d'autres termes, comment utiliser cette structure nivelée sans mettre en place une hiérarchie ? sans instaurer des positions plus importantes / à plus haute responsabilité ? En compensant systématiquement la relation de pouvoir par une autre antagoniste. Ainsi, les échanges entre échelles voisines se caractérisent pas de nombreuses boucles de rétroaction rendant l'usage du pouvoir présent partout, ou nul part globalement.

Reste ensuite à mettre en place un set des quelques règles de fonctionnement "holographiques" (mettant en place les échanges inter et intra-échelles), similaires à tous les niveaux, ce qui garantit une plus grande simplicité d'organisation, et donc une plus grande compréhension du système par chacun.

 

Concernant les échelles, je me demande comment les placer. Celle des personnes est la plus simple, "Tous les Hommes naissent libres et égaux", aucun Homme n'a plus d'importance qu'un autre aux yeux de la communauté.

Pour des échelles plus grandes, on utilise naturellement la géographie : la commune, le département, la région, la nation, l'Europe...

Ensuite il y a les différentes organisations, associations, entreprises, qui représentent un effectif, un certain nombre de personnes qui pourrait représenter un poids, les deux extrêmes étant l'Homme avec le plus léger poids et l'Humanité, la plus pesante. Par "gravité", les strates se forment.

 

Mais le poids n'est pas évident à accorder, ni l'entité à cerner... Quelles en sont, ou plutôt comment en placer les limites ? Le nombre de personnes impliquées est évidemment une approximation grossière, comment évaluer l'implication des personnes, l'attention qu'elles portent dans un organisme et son impact sur les autres ? Sur quoi peut-on se baser pour se faire une idée de la proximité entre deux entités ?

Un indicateur principal pour effectuer un changement serait, je pense, justement l'existence de relations de pouvoir orientées et donc coercitives.

 

Hmm...pas si court que ça ce message...Confused

30 mars 2014
22:49
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Noé
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Un nouveau nom pour les théories politiques du Club de Réflexion ?

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/C.....tallarchie

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/C.....tallarchie

Ni dieu, ni maitre
3 avril 2014
17:30
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Vincent
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l'auto-organisation de la société ne contredit pas explicitement l'apparition spontanée de structures étatiques

En fait c'est le libéralisme de marché poussé à son maximum et généralisé, sans remise en cause des formes de pouvoir en place. Je suis pas convaincu.

C'est vrai qu'on retrouve cette idée fondamentale du bon sens qui permettrait l'auto-organisation d'une société, en équilibre dynamique. Mais je suis pas sûr que ce soit réellement une perspective politique active, plutôt une hypothèse de futur lointain, un avenir passif. Je préférais le terme d'holocratie.

Soit dit en passant je me suis rendu compte qu'être anarcho-libertaire n'est pas si mal vu que ça, en tout cas c'est moins mal compris et regardé de travers par les gens que ce que je pensais. On s'est peut-être jamais trop posé la question, mais vaut-il mieux avoir un terme parlant et même déjà bien connu, bien que recouvrant quelques préjugés dans l'esprit de certaines personnes, ou un terme que personne ne connaît mais qui touche au plus profond de nos "théories politiques" ?

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